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ArticlesTextes et quatrains

La Naissance des Religions et des Nations



Éditorial - juillet 2007 Par Abraham Adamus
Ce texte n'est pas un traité scientifique et ne reflète que l'opinion de son auteur

Les religions naissent, s'influencent mutuellement, s'unifient et se propagent. Puis elles entament des mutations. C'est un processus en 5 temps.

1er temps (Néolithique) - La pensée magique

Il y a très longtemps et pendant des siècles, des hommes réunis en tribus et clans partageaient des valeurs et des règles de comportement qu'ils liaient au monde surnaturel. Leurs croyances en une pensée magique leur apportaient des réponses aux questions essentielles indissociables de l'évolution humaine et de la maturation intellectuelle : les origines, la reproduction, les saisons, les catastrophes, le soleil, les étoiles et le ciel, la Lune, les cycles, la vie, la mort, le bien et le mal, l'esprit ... etc. Ne pas se poser ces questions eut été une marque d'idiotie affligeante. Ne pas y répondre aurait constitué une source d'angoisses et de découragements. C'est tout le contraire de ce qu'en disent nos psychiatres contemporains. La "pensée magique" est une marque d'intelligence et de santé mentale qui caractérise l'une des phases incontournables du développement humain, tant au niveau des groupes que des individus.

2d temps (Néolithique avancé) - La sédentarisation

C'est la femme qui a amené l'humain à se sédentariser, sans doute parce que la sédentarisation représentait un avantage incommensurable pour l'éducation des enfants. Car l'éducation façonne la culture, développe l'intelligence et détermine la performance. En Mésopotamie, selon qu'un clan était sédentaire ou nomade, ses symboles religieux représentaient un sexe masculin ou une image matriarcale (le culte de la Grand-Mère). Nous en sommes là à l'histoire de Caïn et Abel dans la Bible en l'an +- 4500 av JC.

Avec la densification des populations dans les villages, et spécialisation du travail oblige, sont venus les experts en sagesse initiés aux choses surnaturelles : les sorciers, mages, prophètes et prêtres. Avec leur concours, les règles du groupe se sont codifiées, les comportements déviants se sont vus sanctionnés et les croyances du groupe affirmées. Fort d'un savoir spécial, le sorcier s'est allié au chef de clan. A eux deux, ils ont su imposer une première forme de gouvernement où ils assumaient la responsabilité des grandes décisions et orientations. Selon des paléontologues, les sociétés étaient à ce stade plutôt égalitaires, ce qui a changé lorsque que l'homme sédentarisé des villes a affirmé son sens de la propriété et dû faire face aux agressions extérieures. Le pouvoir et les richesses requis pour sécuriser la nation se sont alors concentrés dans les mains de quelques uns et la religion s'est vue instrumentalisée aux mêmes fins.

3ème temps (archaïque) - La religion préside aux nations

Des mythes fondateurs ont assis la légitimité des nations. Ces histoires liaient les peuples à l'origine du monde et procuraient aux citoyens un référenciel commun. Il n'y aurait sans doute pas eu de nation sans mythe fondateur qui induisait la cohésion sociale en convaincant ses membres de leur destinée commune unique. La formation des nations a été une étape obligée du processus civilisateur en assurant la cohérence du groupe face à un monde extérieur hostile violent. Et elle est associée sans ambiguïté à la religion dont les valeurs renforçaient le sentiment de justice lors du règlement des conflits internes. Cohérence et cohésion sont deux ingrédients essentiels de la constitution des groupes et leur perpétration. Les sociétés qui ne les ont pas assurées se sont disloquées et ont disparu, sauf cas particulier comme pour l'le de Pâques isolée au milieu du Pacifique. Le risque de déclin reste d'actualité au 21ème siècle tandis que s'esquisse une grande nation à l'échelle planétaire. L'émergence récente du terrorisme religieux provient justement de l'absence d'un référenciel commun et du manque de cohésion globale. Le ciment social de la religion fait cruellement défaut et la première tentative d'unification pourrait se solder par un échec.

Le souverain représentait la divinité sur terre et le lien entre le peuple et le monde du haut. Et la dynastie au pouvoir se disait issue d'une lignée de prophètes bénis des Dieux. Le tout venant se satisfaisait de cet état de fait puisqu'ainsi assuré de se voir guidé par le souverain dans l'autre monde. Le groupe se maintenait en cohésion et cohérence et pouvait ainsi prospérer. Puis le culte s'est enrichi de croyances, rites et devoirs contraignants au point que la tyrannie est devenue la règle. Les membres se sont vu imposer d'affirmer leur appartenance au groupe en arborant ses marques de reconnaissance telles que des tatouages, vêtements, barbes taillées, emblèmes et dessins... Et les textes religieux se sont imposés en tant que lois fondamentales de la nation.

En parallèle, les religions ont reçu des influences extérieures et elles se sont exportées en fonction des contraintes géographiques, militaires et économiques et en vertu de l'attrait qu'elles suscitaient. Les biais par lesquels les religions s'influencent et se contaminent, pour éventuellement fusionner, sont les suivants :

-selon les voies commerciales (cas du Bouddhisme exporté de l'Inde vers la Chine avant de revenir en Inde)

-selon les voies militaires : Les soldats des fronts éloignés venus au contact des populations étaient des vecteurs de propagation dans un sens comme dans l'autre (empires grecs et romains).

-selon leur attrait intrinsèque : Une religion xénophobe était révoltante pour les étrangers et avait peu de chances de se propager (statut des immigrés dans la religion juive). Celles qui apportaient des réponses aux questions existentielles avaient des chances d'être adoptées.

-selon des voies de conspiration : Instrument de pouvoir, la religion peut déstabiliser un gouvernement. Rome, sensible à cet aspect, a toléré les religions de toutes provenances tant qu'elles ne remettaient pas en cause la suprématie du pouvoir central.

-Selon les flux migratoires : Le déplacement massif des population peut noyer la culture dominante. Ce phénomène n'est pas récent.

Ces axes de progression ont été la préoccupation des dirigeants et politiciens de tous temps. Car la religion et la politique ne font qu'un. Dieu préside aux nations et les hommes administrent ses affaires au quotidien. Il n'y a aucun mystère au fait que les religions présentent toutes des similarités. L'humanité a brassé ses idées sans le savoir pendant des millénaires avant l'ère de l'Internet qui systématise désormais le phénomène de manière quasi instantanée.

4ème temps (l'ère moderne)

L'étape suivante ne concerne pas toutes les religions. Cette phase apparaît à un stade avancé une fois que le processus de création a été bien rôdé, constaté et analysé. L'existence de la religion précède celle de la nation qui suit une voie accélérée. L'ensemble de valeurs qui, à titre d'exemple, a pris plus de 1500 ans aux pionniers juifs à mettre au point n'en a requis que 300 aux Chrétiens puis un demi-siècle aux Musulmans, ce qui s'explique par le fait que le référenciel religieux et éthique était pré défini.

C'est un travail de théologiens avertis et instruits qui, en vertu de leurs hauts idéaux moraux, visent à fonder une théocratie. En quête d'universalité, ils puisent dans les religions existantes pour les annexer. Soucieux de propager la nouvelle idéologie au delà des frontières, ils injectent dans leurs textes les croyances de peuples avoisinants. Conscients de ce que les histoires fabuleuses de miracles soutiennent la foi et stimulent le respect, ils conçoivent de nouveaux mythes. Ils réforment la religion inspiratrice principale qui en devient méconnaissable. Ils se confèrent une légitimité en raccordant leurs textes à une tradition plus ancienne, le bedeau accordant volontiers son crédit aux histoires issues de la nuit des temps, lorsque les hommes étaient des géants et qu'ils vivaient 1000 ans en contact permanent avec Dieu dans le Jardin d'Eden. La nouvelle obédience qui doit absoudre la société de ses maux connus demeure conditionnée par l'observation des réalités locales sur une période donnée.

Les sages établissent un plan puis passent à l'action et propagent leur nouvelle idéologie. Elle ne correspond pas à des aspirations égoïstes, car les leaders politiques avides de pouvoir ne se satisfont pas de conquêtes impersonnelles qui ne leur rapportent au final ni gloire ni honneurs. C'est plutôt l'oeuvre d'hommes rassemblés en société secrète qui agissent en toute discrétion. Un petit groupe se perpétue au fil des siècles et se transmet un savoir d'initié alors même que la nouvelle religion s'est installée dans les sphères du pouvoir temporel ! Au 21ème siècle, 7 têtes pensantes légataires des 4 volontés du "Christ et ses 12 apôtres" s'apprêteraient à déployer un tout nouveau plan ! La majorité des papes de l'histoire affligée de bassesses morale et politicienne n'a pas été initiée, les pouvoirs temporel et intemporel se mélangeant assez mal.

Cette thèse assommante pour les croyants amène des questions. Y aurait-il eu une alternative ? Est-il vraiment souhaitable que les valeurs se rattachent au monde magique à l'époque où prime la raison ? Qu'aurions-nous à gagner à nous défaire de nos mythes fondateurs? L'action de Dieu peut-elle se dissocier de l'action concourante des hommes ? La question essentielle reste de savoir si nos sociétés sont mures pour évoluer. Car en démocratie, les idées peuvent vite dégénérer et provoquer une vaste zizanie.

Le projet de société est donc livré clefs en main, avec des incertitudes bien sûr. C'est ici que je place mon doute sur le fait que Mohamed ait pu agir seul et qu'il était illettré. Il aurait tout aussi bien pu être l'image publique et le bras armé du groupe des 7 qui réfléchissait dans son ombre.

4ème temps (l'ère moderne 2)

Dans la lignée idéologique, j'inclus deux autres types de religions, celles-là clairement mal inspirées. Le Marxisme est une idéologie raisonnée par deux hommes qui affirment dogmatiquement l'inexistence de Dieu. Et elle situe le mal des hommes dans la religion. Cette idéologie était vouée à l'échec par manque d'adhésion et pour cause d'erreurs d'analyse, notamment lorsque les auteurs expliquent que la pression concurrentielle sur les prix doit entraîner une spirale descendante des profits. Les produits se renouvellent sans cesse et justifient de nouveaux prix qui enrayent le phénomène. La véritable ironie, c'est qu'Engels et Marx, pour définir leur idéologie, se sont basés sur le matérialisme historique. Ils ont conçu d'une société qui serait affranchie de toute religion. Leur idéologie ressemble pourtant à une religion en cela qu'elle affirme dogmatiquement l'inexistence de Dieu, ce qui , admettons-le, est un acte de foi dès le postulat de départ. Une rupture telle avec le passé, la négation de l'importance sociologique des religions et l'utilisation abusive du terme de "dictature" du prolétariat ne pouvait que les conduire à l'échec. Les pays communistes ont tous recréé une religion basée sur le culte de la personnalité. Darwin aurait pu leur expliquer qu'on ne rompt pas ainsi impunément avec l'histoire et la tradition.

La seconde catégorie à voie rapide concerne la multitude de sectes, créées ex-nihilo, et en particulier celle de la Scientologie. Ultra dangereuses, ces organisations ont franchi une étape supplémentaire. L'idéologie n'est pas leur préoccupation centrale. Elles se concentrent avant tout sur les mécanismes psychologiques à l'oeuvre dans les religions pour capter la conscience de leurs adeptes. Leur seul idéal clairement établi est l'enrichissement d'un gourou.

Voilà pour la naissance des religions et des nations. Le processus d'évolution se poursuit et la phase suivante en cours semble devoir nous conduire à la création d'une grande nation planétaire. Il est un peu tôt pour en tirer des conclusions, mais on peut néanmoins passer en revue quelques hypothèses.

5ème Temps - Les mutations

La société tribale s'est métamorphosée en une organisation ultra complexe. Nombre de réponses aux questions essentielles ont été apportées grâce à la démarche scientifique. Et beaucoup de niais qui s'étaient précipités pour affirmer que c'en était fini de la religion en sont revenus. Mais rien n'est définitif.

Première hypothèse

La religion qui remplissait deux grandes fonctions dans la société d'avant, assurer la cohésion sociale et combler les lacunes de la connaissance, ne résistera pas et disparaîtra. Une nouvelle obédience morale guidera l'homme dans sa quête d'éternité, sa manière d'aborder les problèmes éthiques de l'ingénierie génétique, la pollution industrielle et l'épuisement des ressources naturelles. L'homme perdra toute religiosité mais sa morale demeurera. Il trouvera réconfort lors de sa conquête du cosmos au contact d'espèces plus évoluées que la sienne. Cela se résume au fait que l'on n'a pas besoin de religion puisqu'on n'aura jamais autre chose que la culture de la nature de son espèce.

Seconde hypothèse

De nouvelles questions émergent aux frontières de la connaissance que la science ne peut élucider. Qu'y a-t-il au bout de l'univers ? Quelles sont les forces fondamentales ? Qu'y avait-il avant le temps ? D'où vient ce déterminisme biologique ? Une volonté précède t-elle les événements ? Quelle est l'essence de la conscience ? Les limites de la démarche scientifique nous révèlent des questions non solvables qui nous rapprochent encore plus de notre divinité créatrice, l'Alpha, et son futur, l'Oméga. Au final, ces questions sans cesse renouvelées finiront peut-être par révéler les véritables limites de l'humanité.

Que n'est la fierté du Père de voir ses enfants croître, entrer dans l'âge de raison, évoluer sainement et, bientôt peut-être, Le comprendre. N'est-ce pas cela l'amour de Dieu.

D'autres hypothèses

C'est sous forme de questions que je souhaite lancer ce sujet. Le devenir du monde est-il lié à nos valeurs, nos religions ou notre nature profonde ? Quelles est le risque encouru à perdre nos valeurs ? Comment résoudre le dilemne "raison ou croyance il faut choisir" ?

ABRAHAMement vôtre

 

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