Mythes et
Résidences Célestes
Editorial - novembre 2003
Au fil des périodes, des civilisations
et des siècles, le concept de Dieu a évolué et le contenu
des religions s'est modifié. On ne sait en retracer précisément
l’historique mais une tendance de fond se dégage. Le ciel puis
le cosmos ont fourni une source inépuisable d’inspirations. En
cela, nos croyances ne diffèrent pas de celles des anciens. Au fur
et à mesure que l’humain a affiné sa compréhension
de son environnement, il a modifié, complété et repoussé
les limites perçues du domaine d’intervention de Dieu, ou Dieux,
et réduit les pouvoirs supposés de ses correspondants sorciers
et prêtres. En perspective, on finit par se dire que l’évidence
de Dieu, de son action sur le monde et, pour certains non croyants, de son
existence devient de plus en plus évanescente. Jouerait-il à
cache-cache, et si c’était le cas, pourquoi le ferait-il sinon
pour éventuellement conduire les humains exactement là où
Il veut être trouvé ? Le sens du dicton est vrai et toujours
plus vrai : Dieu est insaisissable. Notre compréhension de Lui est
toujours repoussée tandis qu’à chaque avancée de
la science nous concevons d’un être incroyablement merveilleurs
et infiniment plus complexe.
Par exemple, les fidèles observaient
le grand astre lumineux qui se lève à l’est, se couche
à l’ouest et qui a fait l’objet de divers cultes du soleil
depuis les Egyptiens jusqu’aux Celtes et aux Amérindiens. Avec
l’avancement des connaissances en astrologie, l’est, lieu de résidence
des esprits de lumière, et l’ouest, royaume des morts, ont changé
de signification. Les étoiles, qui étaient jusqu’alors
des peintures à l’image de ce que les artistes représentaient
sur le mur de leurs cavernes, ont été enrichies d’un mouvement
céleste régulier et sont ainsi devenues le nouveau lieu de résidence
des Dieux. C’est ainsi que la religion s’est enrichie de l’astrologie,
science mystère basée sur l’astronomie. Si cette croyance
perdure, les adeptes n’y voient plus la main-mise de Dieu, mais une
simple influence des astres sur la psyché. Et Dieu se retrouve désormais
dans l’acte originel de la création et dans une dimension encore
inconnue.
La nouvelle nature de Dieu a été
découverte au XIXème siècle avec les théories de
l’évolution, du big bang et toutes autres avancées de la
connaissance humaine. La science modifie donc la conception que l’homme
se fait de Dieu et ce n’est pas nouveau. Un astrophysicien expliquait
son système de croyances : « Tout ce qui appartient au domaine
de notre univers est physique, et tout ce qui est extérieur est métaphysique
». Peut-être est-ce encore un peu trop évolué pour
nous ! Mais qu’y aura-t-il encore quand la physique quantique aura expliqué
ses mystères ?
Nombreux pensent encore que La Bible ne doit
pas s’interpréter. Et chaque religion pense que toutes les autres
véhiculent des erreurs, sauf la leur. Et on est pris de panique à
l’idée d’expliquer les mythes comme si toutes les valeurs
allaient se liquéfier en même temps, ce qui n’est pas forcément
faux. Athées revanchards, religieux anxieux en manque de foi et gens
mal intentionnés s’affranchissent des réserves que leur
petit cerveau devrait les obliger à admettre. Les progrès de
la compréhension et de la morale ne remettent pas en cause la foi et
le message de fond. Les systèmes de croyances devraient aussi se montrer
plus respectueux des ancêtres.
Les mythes ne sont pas invalidés. Certains
sont vérifiés, d’autres remis au goût du jour après
plusieurs siècles d’oubli, et tous véhiculent le message
des civilisations qui les ont construits. Ils ont aussi le mérite inestimable
d’expliquer l’évolution de la compréhension religieuse
qui va de paire avec l’histoire des civilisations. L’ère
scientifique n’échappe pas à cette règle. Sa prose
constitue le principe fondateur de la société moderne qui, tout
en rassasiant, n’en attise pas moins la curiosité. Son avantage
pour l’humain réside dans ses applications pratiques. Et les esprits
scientifiques qui expliquent qu’il ne restera au final plus rien du mystère
ancestral pourraient manquer de perspective. Car les religions continueront
d’évoluer afin d’expliquer l’origine de l’homme,
ses causes et les raisons de Dieu.
Au final, l’avancée de la compréhension
humaine pourrait conduire à l’un des trois constats suivants.
Dieu sera expliqué et l’homme révèlera son existence
au grand jour. Il se peut que l’homme en arrive, à un stade avancé
de la connaissance, à ne pas être en mesure d’affirmer
ou d’infirmer son existence si bien que chacun devra continuer à
se déterminer en sa propre conscience. Et enfin, mais je ne l’avance
qu’à titre d’hypothèse, l’existence de Dieu
pourrait être infirmée. Qu’une possibilité ou un
mixage de plusieurs advienne, l’idée que l’homme se fait
de Lui continuera d’évoluer comme par le passé.
GP