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Repères dans la biographie de Nostradamus
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Cette nouvelle biographie de Nostradamus investigue les faits, détermine leurs fondements et en évalue les impacts sur la psychologie de Nostradamus dans la perspective de comprendre les Centuries. Aucun ménagement n'est à attendre pour les idées reçues. Il circule sur le web toutes sortes de balivernes sur sa vie qu'il n'est pas le propos de cet article d'enrichir. Ceux qui ne font pas la différence entre imaginaire et réalité ne verront que peu d'intérêt à l'analyse, d'autant qu'ils n'assisteront pas ici à l'habituelle procession de mise sur un piédestal.
Y a-t-il des faits certains pour établir une biographie ?
Né à St-Rémy de Provence le 14 décembre 1503 – décédé à Salon de Provence le 2 juillet 1566, des sources du web situent la mort de Michel de Nostre Dame au 1er juillet, sans doute parce qu'elle s'est manifestée pendant la nuit du 1er au 2.
Fils de Jaques disent les uns, de Jaume disent les autres, et petit-fils de Guy Gassonnet côté paternel, de Pierre expliquent certaines sources, ou de Crescas ! Sa mère Renée était fille de Reymier de St-Rémy à qui certains prêtent le prénom de Jean et d'autres de René. Mais pour d'autres encore, Jean n'a été que l'arrière-grand-père maternel. Quant à Renée ce n'était pas son véritable nom puisqu'il s'agissait en fait de Reynière. Il existe plusieurs théories sur l'ascendance de Nostradamus tandis que les multiples variantes des prénoms rendent la compréhension confuse. Nous nous en tiendrons à ce qu'en a dit Jean-Aimé de Chavigny dans sa biographie datée de 1594 :
Son père fut Jacques de Nostredame notaire du lieu : sa mère Renée de Saint-Rémy, dont les aïeuls paternels & maternels furent personnages bien versés aux sciences de Mathématique & Médecine: comme médecins qu'ils étoient l'un de René Roy de Hierusalem & de Sicile, Comte de Provence & l'autre de Jean Duc de Calabre, fils dudit Roy René.”
Selon environs une biographie consultée sur deux, Renée était d'origine juive. Mais ceci est contesté par tous ceux qui tiennent à faire de Nostradamus un bon catholique bien de chez nous. Car si la juiverie du côté maternel était avérée, cela aurait pu faire de Michel, s'il en avait fait le choix, un Juif à part entière. Cette thèse a la faveur de ceux qui pensent qu'un prophète ne peut être issu que du milieu sémite, mais elle ne prouve rien, ni n'infirme quoi que ce soit. Des biographies insistent sur une initiation de Nostradamus à la cabale juive par son arrière-grand-père Jean. C'est une hypothèse vide de preuves rapportée par son fils qui l'a lui-même obtenue de son oncle et qui est jugée peu fiable. L'âge canonique du vieillard ne leur en aurait d'ailleurs pas laissé le temps puisqu'il serait décédé l'année suivant la naissance de Michel.
Nostradamus a cependant et certainement utilisé les méthodes cabalistiques dont les fondements lui étaient aussi familiers qu'aux autres mystiques et voyants de son époque, comme le rappelle l'incisif Rabelais à la première page du chapitre 13 de Pantagruel dont il a certainement beaucoup ri avec son complice Michel :
& me suis icy transporté, riens ne estimant la longueur du chemin, l'attediation de la mer,
la nouveaulté des contrées, pour seullement te veoir, & conferer avecques toy
d'aulcuns passaiges de Philosophie, de Magie, de Alkymie, & de Caballe,
desquelz ie doubte, & ne m'en puis contenter mon esprit».
Rencontre avec un grand clerc d'Angleterre,
Les biographies s'accordent sur le fait que le grand-père paternel était d'origine juive. Guy Gassonet s'est converti au Catholicisme 43 ans avant la naissance de Michel. Et on ne connaît rien de ses motivations. Il s'en est suivi son changement de patronyme en Nostre-Dame et l'annulation de son mariage, et c'est tout ce que l'on sait ! On en restera donc à ces suppositions sur la question centrale des origines de Nostradamus sans rentrer dans d'hypothétiques histoires d'influences mystiques, de mariages dissolus, de persécutions par l'inquisition et de descendances sacrées dont les sources sont conservées secrêtes par leurs propagateurs.
Enfance : Des détails sans importance
Mais peu importe ces détails ! Pour établir la biographie de Michel de Nostre Dame, il convient de se concentrer sur l'époque, les lieux de son enfance, l'éducation qu'il a reçue et le milieu socioculturel plutôt élevé de notables et de marchands dont il est issu.
Il eut 6 frères et sœurs dont Jean, le cadet, qui a écrit un traité sur les écrivains provençaux dans lequel il parle de son frère Michel : "Vies des plus célèbres et anciens Poètes provensaux". Ceux qui analysent cet ouvrage en arrivent à conclure qu'il a contribué aux erreurs de César, le fils de Nostradamus, dans la biographie de son père.
A croire un grand nombre de biographies, Michel était un gentil garçon, doué d'une juste attention pour son prochain avec jamais un mot plus haut que les autres. Ils lui concèdent volontiers le comportement de son âge, mais il était si précoce et si adroit dans toutes ses entreprises que, dès son enfance, on lui a pressenti un devenir exceptionnel.
Ces palabres enchanteresques ne comportent pas un mot de vérité car on ne sait absolument rien de son enfance. On se rapprochera du vrai en supposant qu'il s'agissait d'un enfant comme les autres en chaire et en os avec sa part de qualités et l'autre de défauts, prémices de sa personnalité adulte de curiosité, de ténacité, d'ambition modérée par une certaine générosité sans doute entachée d'un côté farceur, rebelle et peut-être "malin".
On ignore tout des faits de son jeune âge mais on en connaît pas mal sur les lieux. Ses critiques les plus acerbes comme ses admirateurs les plus fidèles accordent une importance particulière à la ville de Saint-Rémy de Provence et à ses alentours. Les légendes du coin qui lui ont sans doute été racontées par son père auraient marqué son imaginaire. Les Antiques et les vestiges romains de Glanum découverts au 19ème siècle dans cette région de France riche en histoire rappellent que les lieux furent jadis province romaine.
La Renaissance, avide en connaissances du monde antique, aurait amené Nostradamus à accorder dans les Centuries une place de choix à la mémoire collective de son patelin du Nemaus, territoire de l'empire romain qui s'est étendu des Cévennes à tout le Midi après la victoire de Marius sur les barbares Cimbres et Teutons à Aix et à Verceil au début du premier siècle avant notre ère.
Ces deux quatrains pris parmi une quinzaine, avec en gras les références aux lieux de son enfance, sont également accessibles par le lien "Quatrains":
Quatrains de l'enfance de Nostradamus
V-058
De l'aqueduc d'Vticense Gardoing,
Par la forest & mont inaccessible:
En my du pont sera tasché au poing,
Le chef nemans qui tant sera terrible. |
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V-057
Istra du mont Gaulfies & Auentin,
Qui par le trou aduertira l'armée,
Entre deux rocs sera prins le butin,
De Sext, mansol faillir la renommee. |
On note déjà, avec quelque étonnement, que les verbes qui se réfèrent au passé sont conjugués au futur. Serait-ce l'indication qu'il y a plusieurs compréhensions possibles aux Centuries : Rien que des histoires et des légendes pour les gens du coin et des prophéties pour les autres ? Ces histoires ont été transmises verbalement de génération en génération avant d'être consignées par écrit dans les Centuries. Est-ce là l'explication de leur succès immédiat dans les milieux paysans ?
Les passages en question ne représentent en fait qu'entre 1,5 et 2,5% de l'œuvre et il faut donc relativiser ces conclusions un peu trop hâtives et générales. Si ces chiffres ne sont pas sous-estimés, l'importance de Saint-Rémy semble bien moins que secondaire. Quant au succès dans les milieux paysans, il serait à rapprocher des prévisions météo contenues dans les Almanachs publiés peu de temps avant les Centuries. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant de comprendre les Centuries qui ne fournissent que peu d'éléments sur la biographie de Michel de Nostre Dame. En comparaison, le thème des guerres et du pouvoir au travers de l'histoire et du futur représente plus de la moitié de l'oeuvre.
Age adulte : Famille et vie privée
Deux fois marié, la première au début des années 30 avec Henriette d'Encausse, il eut 2 enfants dont on ignore même les noms. Et là encore, l'élaboration de la biographie de Nostradamus se heurte à un mur puisque que les auteurs se disputent l'identité de sa première femme. Les uns affirment qu'il s'est uni avec Audriette de Loubéjac tandis que les autres disent qu'elle n'a été mariée qu'à Scaliger, ami excentrique de Nostradamus qui lui valut quelques ennuis avec l'inquisition. Nous assumerons sans crainte de nous tromper que sa femme était Henriette. La maisonnée était établie près d'Agen tandis que le chef de famille effectuait de longs et fréquents déplacements loin du foyer.
Le "décès naturel" de sa première femme
Il n'y a, dans les biographies sommaires du web, aucune polémique sur le sort de sa femme et ses 2 premiers enfants décédés du fléau de la peste en 1537. Pourtant personne n'était capable à l'époque d'identifier positivement une maladie. L'historien doit s'attacher à établir si la peste a bien sévi cette année là à Agen. Des sources citent l'an 1538 et d'autres préfèrent 1534 tandis que Nostradamus est resté très discret sur les événements et la période. Nostradamia cherche donc les pièces qui étayent la thèse de l'épidémie sans en trouver de probantes. On trouve bien la peste en 1527, 1563 et 1585 mais pas 1534, 37 ou 38. Un dilemme se pose de savoir quand arrêter les recherches puisqu'il est impossible d'affirmer l'inexistence de ce que l'on ne sait pas ! Et on pourrait toujours être accusé de ne pas avoir assez cherché où il fallait. Force est de constater que les Nostre-Dame n'ont pas eu de chance.
Les motifs de Nostradamus pour trouver un remède contre le choléra étaient plus anciens que la maladie qui a emporté sa femme et ses deux enfants dans les années 1530. Faut-il croire qu'une de ses intuitions prémonitoires l'a motivé pour tenter d'incurver le cours de leur destinée ? Certains préféreront croire que le hasard n'existe pas tandis que d'autres récuseront tout fondement aux prémonitions. Mais peut-être l'auteur des Centuries avait-il plus simplement été marqué dans son enfance par ces horribles accusations faites aux Juifs d'être responsables de la peste pulmonaire.
C'est en 1534 que Rabelais, l'ami d'alors de Nostradamus, a été invité par l'ambassadeur Jean du Bellay à se rendre avec lui à Rome où il devait plaider l'annulation du mariage d'Henri VIII auprès du pape. On peut concevoir de l'enthousiasme, ou plutôt de la joie débordante, avec laquelle Rabelais a accueilli cette perspective de visiter la mythique cité aux 7 collines. Les deux amis ont sans doute dû en discuter durant leurs longues soirées, et sans doute leurs conversations ont-elles débordé sur le thème de l'attitude papale vis à vis du divorce, l'un et l'autre donnant son avis puis écoutant la réplique concentrée de l'autre.
Divorcer par consentement mutuel était strictement impossible au 16ème S en France. Plusieurs rois ont été excommuniés pour avoir répudié leur femme. Ce que l'on sait sur ce qui a suivi les 3 décès est que la belle-famille a intenté un procès pour récupérer la dot de leur fille. Pourtant les usages de l'époque ne l'y auraient autorisé que dans les circonstances d'un décès provoqué. L'existence d'une procédure judiciaire a été révélée par l'abbé du coin.
La thèse du meurtre soutenue par Charles Pinchon parait assommante car les faits ne peuvent l'établir formellement. Et on ne peut davantage affirmer qu'il s'est agi d'un divorce dissimulé. Mais on distingue la subjectivité des biographies qui ont écarté d'emblée les faits qui ne seyaient pas à leur idée grotesque et préconçue d'un Nostradamus demi-dieu.
Hors web, plusieurs biographies envisagent l'existence d'un premier fils, Michel, du même nom que son père. Il aurait été suffisamment âgé pour se présenter comme l'auteur du recueil prophétique publié en ce nom en 1664 et qu'on attribue le plus souvent à un imposteur.
Second mariage et vie de famille
Nostradamus épousa sa seconde femme, Anne Ponsart Gemelle, le 11 novembre 1547 à Salon de Provence, et cette union dura. Il eut trois fils : César né en 1554, Charles en 1556, et André en 1557. Il eut également 3 filles : l'ainée Madeleine en 1551, Anne en 1558 et Diane en 1561. Il s'est donc écoulé 3 ans entre la naissance de Madeleine et la conception de César. On peut en penser que le père de famille a poursuivi ses absences prolongées du foyer familial entre 1551 et 1554 pour ne se stabiliser qu'à partir de l'âge de 51 ans. Juste marié, il était déjà parti pour un voyage en Italie qui dura presque 2 ans.
La rédaction de la première partie des Centuries coïncida avec un virage dans la vie affective de l'auteur. Il évolua de médecin errant à prophète et bon père de famille. Ainsi, il n'est peut-être pas exact de penser qu'il a consacré la majeure partie de sa vie à écrire une prophétie d'une importance cruciale à ses propres yeux. On penserait au lieu qu'il a, à partir de 1554, trouvé un moyen de subsistance compatible avec son âge et sa situation familiale.
César était un nourrisson quand son père soucieux de son avenir et vraisemblablement ému envisageait ses vieux jours dans ce passage de la Lettre à César. Achevée d'écrire en 1555, on voit en la lisant que ses propos sont cohérents avec la période de rédaction :
C003
Et depuis qu'il a pleu au Dieu immortel que tu ne soys venu en naturelle lumiere dans ceste terrene plaige, & ne veulx dire tes ans qui ne sont encores accompaignés, mais tes moys Martiaulx incapables à recepuoir dans ton debile entendement ce que ie seray contrainct apres mes iours definer:
Peintre, historien, prêtre sur le tard, les destinées respectives des trois garçons n'ont rien eu de fulgurant mais elles sont en accord avec leur origine sociale et le coup de pouce reçu de leur père.
Vie intellectuelle et professionnelle
Education supérieure
Nostradamus a suivi un cursus normal puis démarré des études supérieures à Avignon en 1519. Il avait alors 16 ans. Deux ans plus tard il devenait Maître des Arts. Après 1521, il s'est entièrement consacré à ses recherches herbicinales, à titre privé et sans mentor d'aucune sorte. Cette thèse est néanmoins réfutée par des biographes qui le créditent d'avoir poursuivi des études de Médecine à Montpellier. Il aurait selon eux obtenu un diplôme en 1525. Mais ils ne se fondent sur aucune preuve. Voici ce qu'il dit lui-même de ces belles années comprises entre 1521 et 1529 dans son "Traité des Fardements et Confitures" :
Après avoir consumé la plus grand part de mes jeunes ans, ô lecteur benivole, en la pharmaceutrie, & à la cognoissance & perscrutation des simples* par plusieurs terres & pays depuis l'an 1521 jusques en l'an 1529, incessamment courant pour entendre et savoir la source et origine des plantes & autres simples concernans la fin de la faculté Iatrice
(*concoctions herbicinales)
On le voit donc mal à la fois courir les provinces "incessamment" et suivre "assidûment" des cours de faculté. Tout au mieux, il a pu obtenir une licence ce qui lui aurait octroyé le droit de prescrire dans les campagnes. Mais il n'en existe pas de trace. S'il a beaucoup écrit sur ses recherches, ses errements, ses autres études et bien d'autres choses, il est resté muet sur des études de médecine.
Il existe une trace de son inscription à la prestigieuse faculté de médecine de Montpellier. Elle fait état du 23 octobre 1529 puis de son éviction. Sitôt inscrit-sitôt expulsé, la cause aurait été son manque de respect envers la profession de médecin et d'avoir exercé la profession d'apothicaire avant son inscription, ce qui était ridiculement interdit à l'époque. Les notes de Guillaume de Rondelet sur la question ont été conservées.
Traduit du Latin :
Michel de Nostredame, du pays de Provence, de la ville de Saint-Rémy et du diocèse d'Avignon, est venu étudier à l'Université de Montpellier, dont il jure de respecter les statuts. Il s'est acquitté des droits d'inscription et a choisi Antoine Romier comme mentor. Le 23 octobre 1529.
Suivi de :
Celui que tu vois inscrit ici a été apothicaire, nous avons été renseigné par un apothicaire d'ici. Et on l'a entendu dire du mal des médecins. Moi, Guillaume Rondelet, en qualité de procurateur des étudiants, je le raye de ce livre.
Bien sûr, si on intervertissait la chronologie des deux documents, comme le font certains, on établirait qu'il s'est réinscrit après avoir été renvoyé. Mais il est tout de même difficile d'expliquer que l'annulation ait pu intervenir pour une inscription qui n'avait pas encore eu lieu. Aussi ses biographies font état d'une 3ème inscription perdue.
Une littérature abondante de ses admirateurs le met en scène dans ce que l'histoire a retenu du milieu médical de l'époque grâce, notamment, aux écrits de Rabelais. D'autres, sans plus de preuves, expliquent qu'il a été non pas étudiant mais enseignant durant cette période puisqu'il avait déjà obtenu un diplôme 4 ans auparavant. Il est raisonnable de penser que les registres de la faculté ont été quelque peu altérés par 5 siècles d'histoire. C'est un phénomène d' "altération sélective" dont Rabelais à la même époque n'a lui pas été victime.
L'autre explication sous-entendue par des biographes réside dans le fait que l'étudiant Michel de Nostre-Dame a passé ses examens, mais en un éclair. La faculté, au demeurant fort satisfaite de lui, n'aurait pas eu le temps de mettre à jour ses registres. Pour prendre toute la dimension de son génie, il faut comparer à Rabelais, l'érudit tout autant préparé à la médecine que Nostradamus, à qui il a fallu plus de 4 ans pour s'affranchir de ses classes dont on a gardé la trace d'un bout à l'autre.
La signature du "Traité des fardements et confitures" fait état sans aucune ambiguïté de sa profession de médecin au moment de sa publication. La première édition française daterait de 1552 ou un peu avant et a été perdue pour être ensuite reproduite d'après le manuscrit :
Nouvellement composé par Maistre Michel de Nostredame, Docteur en Médicine de la ville de Salon de Craux en Provence, & de nouveau mis en lumière.
Mais la question demeure de savoir quand et comment Nostradamus est devenu médecin. Il a bien reçu le titre de Médecin du Roi des mains de Charles IX, mais seulement en 1564 soit 2 ans avant son décès. A-t-il étudié la médecine avant d'exercer ? Sa charge de médecin lui a-t-elle été offerte ? L'a-t-il usurpée pendant un temps ? Ou achetée ?
En 1552, il écrit qu'il exerce la profession de médecin depuis 31 ans, ce qui nous ramène à 1521. Et on comprend enfin qu'il s'est auto-instruit et auto-attitré le titre de docteur qui ne s'est ensuivi d'aucun diplôme :
Que quand suis esté au bout de mes huict ans accomplis & consumés, me suis trouvé ne pouvoir parfaitement attaindre en cestye summité de la parfaite doctrine... & vins parachever mon estude jusques à l'heure presente, qui est le trente un an de ma vacation, que tenons mil cinq cens cinquante deux.
Le traiter de charlatan est un trop grand pas à ne pas franchir. Mais pour le moins, il était opportuniste, rebelle et ne se préoccupait pas trop de l'ordre établi pour atteindre ses objectifs. Nous ne pouvons que l'en féliciter dans la mesure où les règles et les lois qui régissaient sa profession avaient le fâcheux effet de bloquer le progrès.
En résumé, nombre de biographies créditent Nostradamus d'un long cursus universitaire. Leurs auteurs se voient donc obligés d'avancer une information de source inconnue comme quoi il aurait été réinscrit peu après son renvoi. Mais ceci n'est ni confirmé par Nostradamus, ni par le registre de la faculté d'où il a totalement disparu durant les 2 à 4 années de ses études supposées. Et il ne figure pas davantage dans la liste des lauréats. Les avis divergent donc sur la question d'un diplôme de médecin obtenu en 1532.
La thèse la plus probable est qu'une fois installé et reconnu en tant que médecin en 1552, il a légitimé sa situation à posteriori en s'appuyant sur sa renommée, ses recherches, ses accomplissements courageux et un cursus d'autodidacte.
Profession : Médecin sans diplôme
Entre 1521 et 1529 il recherchait déjà un antidote contre la peste. Son premier contact avec la maladie est intervenu à Bordeaux en 1528. Et on l'a de nouveau retrouvé à courser la maladie entre 1540 et 47. En 1544 il a suivi Louis Serre, un maître en la matière semble-t-il. En 1546 il s'est mobilisé pour la combattre à Aix puis à Salon. Il s'est ensuite retrouvé à Lyon en 1547. Ces faits courageux suscitent un profond respect. Si ces villes ne gardent aucune trace du passage d'un médecin du nom de Michel de Nostre-Dame, c'est parce que n'étant pas dûment diplômé, il ne pouvait figurer en tant que tel dans les registres.
Nostradamus a aussi écrit un "Traité sur la peste et contre toutes les fièvres pestilentielles". Là encore, il y a un mystère de dates. Il ne reste aujourd'hui que la version anglaise et on en estime l'écriture à 1558. Voici sa célèbre recette pour guérir de la peste extraite de son "Traité sur les Fardements et Confitures" :
Une once de sciure de bois de cyprès, 6 onces de poudre d'Iris de Provence, 3 onces de poudre d'oeillet, 3 grammes de "calami dorati" ou roseau doré, 6 grammes de poudre d'aloès, 3 ou 4 roses rouges fraîchement coupées cueillies avant la rosée du matin. Broyer et malaxer le tout, en confectionner de petites boulettes et les faire sécher à l'ombre. La panacée est prête à l'emploi.
On peut douter du fait qu'il a jamais guéri qui que ce soit du fléau, mais il est certain qu'il s'est installé en tant que médecin et qu'il a perçu des honoraires pour ses prescriptions de poudre de perlimpinpin. Il était l'un de ces médecins qui saignait ses patients et dont Molière a plus tard fait la satire. Il aurait néanmoins compris avant d'autres qu'il y avait une relation entre l'eau polluée, la crasse, les rats et la peste. Il aurait aussi reconnu que les saignées n'apportaient aucune amélioration notable à l'état des patients, identifié les vertus asceptisantes du vinaigre et celles immunisantes de l'ail. Ces éléments sont consignés dans son traité.
Ses admirateurs étalent ses hauts faits qui lui auraient permis de sauver des dizaines de personnes de la peste. Les seuls faits tangibles sont l'imagination des racontards. Nostradamus était au mieux doué de la faculté de prescrire une hygiène adéquate pour prévenir l'épidémie, mais pas pour la guérir. C'était déjà mieux que la moyenne de l'époque, mais il n'avait pas l'exclusivité de ces pratiques.
Aversion pour l'esprit de rigueur
Nostradamus aurait été mathématicien en plus de médecin révèle un biographe improvisé du web. Bien entendu, rien ne l'étaye. Son diplôme de Maître des Arts lui conférait certes le droit d'enseigner quelques matières, mais si l'on en croit les écrits de l'intéressé, il n'appréciait pas trop cette discipline rigoureuse.
Astrologue ou astrophile ?
Quant à l'astrologie, elle faisait partie du cursus des études de médecine et rien ne prouve qu'il en a faites. L'astrologie du prophète aurait été approximative et elle a été très décriée par les astrologues de son époque. Certains ont expliqué que ses thèmes astraux étaient faux. Mais il est prudent de se méfier de ces médisances et jalousies. Certaines biographies le créditent d'avoir été astrologue de Catherine de Médicis. Il ne l'était pas. Lui invité, Auger Ferrier, Claude Dariot et Antoine Mizauld étaient appointés à la cour.
Propos de Laurens Videl qui ne résidait pas en France et se trouvait de ce fait détaché des mesquineries politicardes de l'entourage de Catherine de Médicis au sujet de l'astrologie de Nostradamus:
Et davantage dit que toutes choses qui doivent advenir se peuvent prophétiser par les nocturnes & célestes lumières & par l'esprit de prophétie, Luy estant du tout ignorant, ne cognoissant aucune estoille ny corps céleste nous veut inventer une nouvelle astrologie forgée en sa furie bacchanale & non limphatique (comme il dit) sur umbre de prophétie etc.
Il est possible qu'il n'ait pas étudié l'astrologie en faculté, mais il a néanmoins eu accès aux livres pour s'instruire sur les fondements de cette pseudo-science, qui, pour l'esprit érudit et motivé qu'il avait, n'a pas dû présenter une grande difficulté. De plus, on a tellement bien compris son insistance dans la Lettre à César sur la nécessité de s'informer sur l'astrologie pour comprendre les Centuries qu'il serait douteux qu'il n'y ait rien entendu.
Lettre à Henry 009
& la pluspart composé & accordé à la calculation Astronomique, correspondant aux ans, moys & sepmaines des regions, contrees, & de la pluspart des villes & citez de toute l'Europe, comprenant l'Affrique, & vne partie de l'Asie par le changement des regions, qui s'approchent la pluspart de tous ces climats, & composé d'vne naturelle faction :
L'astrologie des Centuries semble avoir des bases autres que celles communément admises au XVIème Siècle. Nostradamus n'hésitait pas à prendre des risques et à remettre en cause les dogmes pour faire avancer la connaissance, ce qui est bien établi par son renvoi de la faculté de médecine. La lecture des Centuries ne laisse que peu de doutes sur le fait qu'il connaissait l'astrologie. Celle qu'il a employée se fondait sur la technique romaine ou une tradition juive antique (selon les sources). Et si on s'en remet au passage suivant adressé à son fils, il la jugeait potente et dangereuse :
C027
Et aussi mon filz ie te supplie que iamais tu ne vueilles emploier ton entendement à telles resueries & vanités qui seichent le corps & mettent à perdition l'ame
Et pour conclure, s'il a écrit qu'il faut s'en informer, c'est donc qu'elle est compréhensible.
Mais si on prend désormais le point de vue diamétralement opposé, on arrive à des conclusions toutes autres.
Nostradamus a beaucoup insisté pour se démarquer des astrologues. Ils se disait d'ailleurs "astrophile", celui qui aime les étoiles - un poète s'il fallait insister encore un peu. C'est ce qu'indique la photo de la plaque commémorative au début de l'article.
L'extrême difficulté à comprendre l'astrologie des Centuries ne provient en fait que de la manière dont il l'a exposée et de ce qu'on ignore tout de ses références. L'auteur pourrait n'avoir eu recours aux astres que parce qu'à son époque c'était l'attente de ceux qui avaient le pouvoir de reconnaître le talent prophétique et de le récuser. D'une pierre deux coups, il s'est passé d'expliquer quoi que ce soit tout en assurant qu'il y avait eu recours.
Et voici ce qu'il en dit lui-même :
VI-100
Legis cantion (cautio) contra ineptos criticos
Quos legent hosce versus maturè cesunto,
Profanum vulgus & inscium ne attrectato:
Omnesq; Astrologi Sienni, Barbari procul sunto,
Qui aliter facit, is rite sacer esto.
Traduction :
Caution de loi contre les critiques ineptes
Que ceux qui liront ces vers mûrement les méditent,
Que la foule profane et ignorante ne les touche pas :
Et que tous les Astrologues, les Rustres, les Barbares s'en éloignent,
Que qui agit autrement, soit selon le rite déclaré sacré.
Noter la mention d'un rite. Elle sera reprise au chapitre sur son état mental.
En toute objectivité : Qu'est-ce que l'astrologie Nostradamique a bien pu apporter à la compréhension des Centuries durant les 450 dernières années ? Rien : Pas le sens d'un mot, d'un événement ou d'une date. A peine l'espoir d'y comprendre quelque chose peut-être un jour. Et en second lieu : Personne n'y a jamais rien compris parce qu'il n'y a rien à comprendre ou, au mieux, on n'en sera jamais capable. Assurément, il en sera de même pendant les siècles avenirs puisque le texte se doit avant tout d'être analysé d'un point de vue littéraire.
Petite littérature pour un grand homme
Nostradamus était bien inséré dans l'esprit de la Renaissance. En témoignent toutes les références à l'antiquité contenues dans ses ouvrages et sa relation avec Jean Dorat, père de la Pléiade qui était un cercle de poètes consacré aux belles lettres et à la promotion de l'esprit renaissant. Ce groupe réunissait Ronsard, Joachim du Bellay, Rémi Belleau, Etienne Jodelle, Jean Antoine de Baïf, Pontus de Thyard et initialement Jacques Peletiers du Mans qui fut remplacé par Jean Dinemandi ledit Dorat.
On connaît aussi la relation de Nostradamus avec Rabelais, protégé de du Bellay, les deux hommes étant devenus amis à partir de 1533. Ils auraient d'ailleurs pu se rencontrer avant en faculté si le recteur n'avait pas fait preuve d'un esprit aussi fermé face au jeune Nostradamus. Leurs œuvres respectives contiennent parfois des similitudes : des termes rares, d'autres inventés, la plupart se réfèrant à l'antiquité :
V-095
Nautique rame inuitera les vmbres,
Du grand Empire lors viendra conciter:
La mer Aegee des lignes les encombres
Empeschant l'onde Tirrenne defflottez.
Vmbre : Certains ont traduit ce terme en "ombre" du fait de l'étymologie latine dont on a tiré, entre autres, le mot anglais "umbrella". D'autres y ont vu l'"Ombrie", une province italienne comprise entre Rome et Pise. Ce terme, qui est absent du dictionnaire, a été employé tant par Plutarque, Rabelais que Nostradamus pour se référer à une volonté contraire et nuisante (Lat. Nouerca vmbr). Et on se souvient que ce terme est apparu dans la critique de Laurent Videl qui n'a pas semblé en saisir le sens.
Malgré ces faits, on trouve des biographies qui estiment qu'il était davantage un homme du Moyen-Age que de la Renaissance au prétexte, expliquent-ils, de son manque d'intérêt pour les sciences exactes, de son penchant mystique et de ses lectures. Ces critères ne sont pas suffisants pour déduire qu'il était un rustre en retard sur son époque.
Etait-il un grand poète et son œuvre a-t-elle eu une importance littéraire ? Rares sont les critiques qui le disent. Mais on lit chez quelques contemplatifs que ce fut le plus grand poète et écrivain de tous les temps. De fait, nombre de vers ont une valeur poétique certaine, comme par exemple le quatrain qui vient d'être lu et celui qui suit :
IV-29
Le sol caché eclipse par Mercure
Ne sera mis que pour le ciel second.
De Vulcan Hermes sera faite pasture:
Sol sera veu pur rutilant & blond.
Où Vulcan est le dieu du feu, le "sol pur rutilant et blond" représente la plage et où, pour cet astrologue poète, l'éclipse symbolise la mort. Quant au "ciel second", il se réfère aux limbes qui équivalent pour les romains au paradis des Chrétiens. Ce que décrit Nostradamus est une procession funéraire romaine avec crémation sur la plage : celle de Trajan dont la mort est intervenue en Cilicie au petit village de Sélinonte (repris de l'article Trajan et l'Apocalypse sur ce site). En perspective, c'est joliment écrit.
Mais ce n'est pas son style habituel. Et même si les goûts et les couleurs ne se discutent pas, on retient incontestablement qu'une partie des Centuries est un hymne cacophonique de dissonances caractérisées et de non sens à la gloire du malheur de la condition humaine :
6008
Peste, faim, feu & ardeur non cessée,
Foudre, grand gresle, temple du ciel frapé,
L'edict, arrest, & grieue loy cassée,
Chef inuenteur ses gens & luy hapé. |
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C016
Car les œuures diuines, que totalement sont
absoluës, Dieu les vient paracheuer: la troisiesme, les mauuais. |
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La simple énumération de mots met la rime à la portée de n'importe qui. |
Peut-on vraiment parler d'une phrase qui transmet une idée cohérente ? Une explication est proposée par Yahn Amar au thème de la méthode de cryptageméthode de cryptage. |
Nostradamus était parfaitement conscient de cet état de fait, et il a écrit sur le sujet dans la Lettre à Henry :
H010
respondra quelqu'vn qui auroit bien besoin de soy moucher, la rithme estre autant facile, comme l'intelligence du sens est difficile.
Eut-il écrit ce passage 6 ans plus tard qu'il aurait très bien pu répondre directement au suivant attribué à Conrad Badius en 1562 qui traite de la poésie de Nostradamus :
J'oublioy de dire en un mot
Qu'il rime comme poix en pot :
Mais pour un diseur de matines
Il couppe mal ses feminines.
Ses vers sont faicts à estrivière
Fort courts devant et longs derriere,
Et sont naiz soubs tel horizon
Qu'il n'y a ny sens ny raison :
Tellement que ce docte Homere
Semble estre fils de sotte mere
Qui jadis rimoit en dormant,
Ou plustost dormoit en rimant.
Au passage, on ne peut pas dire que cette agression en vers soit de qualité poétique supérieure à celle des quatrains de Nostradamus.
Le sens caché des mots
S'il n'y avait rien d'autre au texte que ce qu'on en tire à la première lecture, il s'agirait d'un piètre poète et d'un écrivain moyen. Il est de bon sens de penser qu'il y a plus aux Centuries : Un texte dans le texte.
Nostradamus a eu recours à toute l'étendue des possibilités grammaticales et d'orthographe de la langue française, n'épelant pas toujours un mot d'une manière identique. Et il a aussi utilisé le patois provençal, le Latin et d'autres langues étrangères. Il a de plus inventé et transformé des mots. Ce sont ainsi plus de 5000 termes distincts que contient le texte, soit 2 fois plus qu'une œuvre littéraire de volume équivalent.
Etude de la richesse de vocabulaire des Centuries :
(Extrait de l'article "La Clef des Lettres" - thème du cryptage)
La comparaison s'effectue avec une œuvre plus tardive de 80 années (1637) connue pour sa richesse de vocabulaire : Le Cid. Cette pièce est constituée de 17296 mots exactement, ce qui comprend les noms propres et toutes les variantes d'orthographe d'un même mot. Cela correspond au volume de 8 Centuries, 6 quatrains et ½ vers des Centuries. Le résultat est édifiant. Le nombre de mots contenu dans les Centuries est strictement inaccessible à l'intelligence. Le plus doué d'entre nous n'a à sa disposition qu'environs 2000 mots pour communiquer tandis que l'œuvre de Nostradamus comporte 4659 termes distincts :
| Le Cid |
Les Centuries |
| L'ouvrage tout entier contient 17296 mots. |
Sont pris en compte les 17296 premiers mots, soit 8 Centuries + 6 quatrains + 1/2 vers |
| 2757 mots sont uniques |
4659 mots sont uniques |
Les numérotations de scènes et de quatrains ont été épurés afin que la base de comparaison soit homogène. La marge d'erreur est ainsi ramenée en dessous de 1%. A titre de comparaison, on attendrait de la même analyse, en prenant un traité de management d'une grande école du pays, qu'elle mette en évidence moins de 1500 mots distincts.
Il est vraisemblable que des contraintes d'écriture auto-imposées expliquent une certaine pauvreté grammaticale, la richesse de vocabulaire et le recours à une multitude de variantes d'orthographe.
Le Latin des Centuries et des deux lettres a un sens particulier : Il servait, au XVIème S, à faire état de son éducation. De nos jours c'est l'Anglais qui a la faveur du "management" et du "marketing". Certains comme Jean Le Roux (XVIIème S), Piobb et leurs suiveurs pensent que les Centuries ont été rédigés en Latin avant d'être traduits en Français. Dans cette hypothèse, les décrypteurs potentiels se feront de plus en plus rares au fur et à mesure que le Latin tombe en désuétude. Heureusement, leurs théories semblent n'avoir pas de fondement.
Mais de même qu'on décèle un manque d'inclinaison pour la rigueur des sciences exactes dans la partie astronomique des calculs astrologiques de Nostradamus, on peut s'attendre à une approximation dans la méthode de cryptage. Il pourrait en fait très bien s'agir non pas de règles unifiées d'un bout à l'autre des Centuries, mais d'une multitude de systèmes qui s'enchaînent. Sans quoi le code aurai été craqué depuis longtemps.
Son système peut également être parsemé d'erreurs de calcul en plus des ruptures dans le systématisme, ce qui suffirait en soi à expliquer les difficultés qu'ont rencontrées tous les esprits brillants comme Roger Frontenac qui se sont attachés à décrypter les quatrains. Dans son ouvrage mythique "La Clef Secrète de Nostradamus" il dit avoir percé deux clefs indépendantes. Il fait aussi état de l'approximations des calculs de Nostradamus. Toutefois les explications qu'il fournit ne sont pas assez explicites pour pouvoir vérifier ou contredire ses affirmations. En attendant des explications claires, nous n'accordons aucun crédit à ses propos.
Un autre élément mérite d'être cité. Nostradamus a écrit un traité en 2000 vers sur les Hiéroglyphes : "Hiéroglyphes de Horapollo", entre 1545 et 1547. Les connaissances de son époque sur la question du cryptage ne lui étaient donc pas étrangères. Il a eu largement le temps de mûrir sa réflexion durant les 2 années d'écriture et il s'en est passé encore dix avant la publication des Centuries. Mais il n'a pas percé le secret antique des pyramides. Dans cet extrait il transcrit les symboles muraux en vers et en rimes :
Aiant la gueulle ouverte près du ventre
Du crocodile et torchis qui entre
Atout son bec lui ouatant les sangsues
Mais crocodile par plaisance conçue
Vient hors chasser l'oiseau qui mis i rentre
Sens mal lu ère de ses dans si crochues.
Pour ce qui nous concerne, l'idée que tout code peut être déchiffré quasi-automatiquement grâce aux moyens informatiques est une illusion. C'est impossible sans un systématisme dans le code ou, à défaut, de la chance, de l'intuition et des indices. Et pour ce qui est des Centuries, certains passages ressemblent à s'y méprendre à son traité sur les Hiéroglyphes :
VIII-027
La voye auxelle l'vne sur l'autre fornix
Du muy deser hor mis braue & genest,
L'escript d'Empereur le fenix
Veu à celuy ce qu'à nul autre n'est.
Des propos du web qui frisent l'imbécilité prétendent que Nostradamus a percé le mystère des Hiéroglyphes. Il a fallu attendre la pierre de Rosette pour y parvenir et Nostradamus n'a pas forcément laissé suffisamment d'indices pour permettre à la postérité d'arriver à bout de son mystère.
Nous retiendrons dans la biographie de Nostradamus qu'il a avant tout été un homme de lettres et que son style n'est pas celui auquel nous ont habitués nos professeurs de Français. Mais indéniablement sa culture était étendue et son esprit curieux des mystères du monde. Il a su exploiter ceux de son époque pour se tailler une renommée. De nos jours, on parlerait d'un auteur à grand tirage et d'un autodidacte accompli.
Thèses sur son état mental
Lucien de Lucas, qui s'identifie comme un docteur, étaye, dans son ouvrage LOGODÆDALIA, cette incapacité de rigueur de Nostradamus par la thèse de la dyslexie. Cette possibilité ne semble pas farfelue pour le non expert lorsqu'il apprend, qu'entre autres, Nostradamus a fait figurer deux soleils dans l'un de ses thèmes astraux. Mais on pourra, si l'on préfère, penser qu'il croyait en un second soleil caché !
II-041
La grand' estoile par sept iours bruslera,
Nuée fera deux soleils apparoir:
Le gros mastin toute nuit hurlera
Quand grand pontife changera de terroir.
Il est vrai que si cette dyslexie était avérée, elle ne ferait que rendre compte de l'incomparable courage de celui qui a réussi à la surmonter.
L'un de ses détracteurs dont nous avons déjà mentionné le nom mais qui n'était pas le seul, Laurens Videl, a écrit en 1558 le pamphlet intitulé :
Déclaration des abus, ignorances et séditions de Michel Nostradamus, de Salon de Craux en Provence.
Il y traite Nostradamus d'alcoolique. Et si on accepte d'entrevoir ce point de vue, la thèse ne parait pas plus farfelue que les nombreuses autres qui circulent sur son compte dans le pays qui fait l'apologie de la vinasse sous le couvert de la religion et au prétexte de vertus médicinales. Qui d'autre qu'un pochard aurait pu laisser une telle inscription murale sur une maison de Turin :
1556
NOSTRE DAMVS A LOGE ICI
ON IL HA LE PARADIS LENFER
LE PURGATOIRE IE MA PELLE
LA VICTOIRE QVI MHONORE
AVRALA GLOIRE QVI ME
MEPRISE OVRA LA
RVINE HNTIERE.
|
Pour le site Cercle-Nostra, cette inscription est sensée fournir la preuve de son passage par Turin et son affiliation à l'Ordre des Templiers. Elle tendrait plutôt à démontrer que ses ennemis ne reculaient devant rien pour tenter de le faire plonger en lui attribuant des propos hérétiques. Sinon il était schizophrène ou écrivait sous l'influence de substances hallucinogènes. Cette dernière hypothèse n'est pas plus biscornue qu'une autre si on prend en compte sa relation passionnelle avec les plantes qui évoque celle des druides, sorciers et magiciens. La campagne française grouille de végétaux hallucinogènes qu'il suffit de cueillir. Il n'est pas le propos de cet article d'en révéler les noms.
Voir la solution de l'anagramme
solution de l'anagramme
Peut-être faut-il rappeler ici la thèse de Yahn Amar concernant le passage numéroté C016 de la Lettre à César (Car les œuures diuines, que totalement sont absoluës, Dieu les vient paracheuer: la troisiesme, les mauuais). La troisième les mauvais qui n'a apparemment aucun sens se rapporte à un passage en amont du texte qui comporte un "premier" et un "second" et qui expliquent d'où lui viennent ses visions. Ainsi, la troisième provenance de ses visions serait celle de gens "mauvais", pour ne pas dire diaboliques. Cela signifie-t-il que Nostradamus raconte une histoire plus grosse qu'un bœuf ou qu'il eut fallu l'interner ?
Nostradamus s'est-il adonné à des rites comme celui auquel il se réfère plus haut en Latin, à des messes noires, à distiller des mauvais sorts, au meurtre et au sacrifice humain ? Il existe trop d'indices concordants dans les Centuries et sur le parcours de sa vie pour en balayer l'éventualité d'un revers de main et ne pas verser ces éléments à sa biographie.
Biographie : Sensibilité religieuse
Le faux Catholique
Les biographies de Nostradamus établissent qu'il était un bon catholique baptisé, respectueux du pape et de l'église et qu'il a été enterré comme un bon Chrétien. S 'il ne reste nulle trace ni mention de sa confession hebdomadaire, on sait tout de même qu'il entretenait de bonnes relations avec de hauts dignitaires de l'église comme les cardinaux de Sens et d'Arles à qui il a fait des dons non négligeables. Mais n'importe quel espion infiltré expliquera qu'un bon camouflage a un coût élevé et qu'aucun sacrifice n'est à épargner pour préserver sa couverture.
Catholique en apparence affilié à l'ordre franciscain, sinon protestant, templier, grand prieuré de l'ordre, juif, hérétique ou sorcier ? S'il en a existé, il ne reste logiquement aucune trace de ses activités extra-catholiques et encore moins sur ses recours à la sorcellerie qui lui auraient valu le bûcher et à ses livres d'être détruits depuis longtemps. L'absence d'évidence n'est donc pas une preuve à décharge. La seule source crédible est celle de ses écrits où il a clairement mentionné le recours à des grimoires antiques qu'il aurait ensuite brûlés. Mais on peut en douter quand on connaît sa réussite d'insertion dans le mouvement de la Renaissance et de la connaissance. Il est même possible qu'il en ait recopié des passages importants et scellés dans les Centuries afin qu'il soient décodés par la postérité. Mais il faut bien distinguer les passages des Centuries qui contribuent à établir sa biographie des effets littéraires à prendre au second degré comme cette "flamme plus claire que naturelle" qui stimule l'imagination.
Lettre à César 29
Et combien que celle occulte Philosophie ne fusse reprouuée, n'ay onques volu presenter leurs effrenées persuasions : combien que plusieurs volumes qui ont estés cachés par longs siecles me sont estés manifestés.
Lettre à César 30
Mais doutant ce qui adviendroit en ay faict, apres la lecture, present à Vulcan, que pendant quil lees venoit à deuorer, la flamme leschant l'air rendoit vne clarté insolite, plus claire que naturelle flame, comme lumière de feu de clystre fulgurant, illuminant subit la maison, comme si elle fust esté en subite conflagration.
En synthèse, on se rend compte en lisant les Centuries que Nostradamus entretenait des relations ambiguës avec l'église catholique, mêlant respect, crainte et dissidence.
L'inquisition et le vrai Protestant
En 1558, l'édit de Compiègne venait d'être promulgué, la répression des protestants s'accentuait et les hérétiques étaient condamnés à mort. Peu évoqués, ces faits sont l'explication la plus vraisemblable pour les 58 quatrains qui manquents au 7ème Centurie de la seconde publication des Centuries. Ils ont pu être retirés in extremis, sans doute par l'éditeur, et la plupart jamais remis en circulation car la crise religieuse n'est allée qu'en s'empirant pour aboutir au massacre de la St-Barthélémy en 1572, 6 années après la mort de Nostradamus. Mais si l'éditeur a censuré l'édition de 1558, il est possible que Nostradamus en ait réintroduit quelques quatrains dans ses publications suivantes comme celui qui suit, déjà cité plus haut, tiré de l'Almanach de 1660 :
6008
Peste, faim, feu & ardeur non cessée,
Foudre, grand gresle, temple du ciel frapé,
L'edict, arrest, & grieue loy cassée,
Chef inuenteur ses gens & luy hapé. |
Ce quatrain, dont le sens est particulièrement difficile à saisir, se réfère à la crise reigieuse qui sévissait dans le pays. L "'edict" en question n'est autre que l'édit de Compiègne. Rien n'arrête la ferveur religieuse de l'ordre du temple explique le maître. Le culte protestant interdit cette année là a été comme frappé d'un coup du ciel, les arrestations se sont multipliées et la trêve religieuse a été cassée. Le style est incantatoire, le sens bien dissimulé et le rythme haché de temps d'arrêts. Le ton du poête révèle sa profonde révolte.
Nostradamus a du s'expliquer devant l'inquisition à deux reprises. A cause de sa relation avec Scaliger qui était protestant, mais aussi devant l'inquisiteur de Toulouse au sujet de remarques qu'il aurait faites sur une statue de la vierge Marie, sur la qualité artistique de la pièce et sur les représentations religieuses statuaires en général. Se serait-il trahi ? Etait-ce là la partie immergée d'un iceberg ? C'est fort probable.
Le XVIème siècle. a été marqué par le questionnement des dogmes tandis que les Chrétiens recherchaient des valeurs authentiques qui remettaient en cause l'autorité de l'église. Nostradamus n'a pas échappé à cette règle. On peut comprendre qu'en des moments aussi troublés l'église veillait à ce que personne ne rouvre de vieux débats comme celui qui avait opposé les iconographes aux iconoclastes durant le Moyen-Age et, au passage, provoqué la guerre civile.
On ne trouve aucune référence à la vierge Marie dans tous les Centuries alors qu'elles foisonnent pour Dieu et le Christ. Cette question était pourtant présente dans tous les esprits de l'époque. Si bien qu'on peut en déduire que ses pensées occupaient un tout autre terrain et c'est ce que semble indiquer la citation suivante extraite de la Lettre au Roy Henry II :
LH019
Plaira à vostre plus qu'imperialle Maiesté me pardonner protestant deuant Dieu & ses saincts, que ie ne pretends de mettre rien quelconque par escrit en la presente epistre, qui soit contre la vraye foy Catholique, conferant les calcultions Astronomiques, iouxte mon sçauoir.
Cet écrit ne laisse aucun doute sur le fait que Nostradamus s'identifiait, au moment de l'écrit, à un mouvement de contestation religieuse. Il en a atténué la portée en assurant au roi n'avoir rien écrit contre la foi catholique. Acculés à ne plus voir en Nostradamus leur idole, les inconditionnels de l'église universelle expliquent qu'il divaguait et font semblant de ne pas comprendre. C'est tout à fait improbable de sa part et mahonnête de la leur. Mais ils ont l'excuse de n'être que les victimes des mythes sans fondements véhiculés par les biographies fantaisistes en circulation.
La lettre élogieuse à Henry II a préfacé les Centuries publiés en 1558. C'est le moins que pouvait faire Nostradamus en remerciements au roi et à la reine qui lui avaient octroyé une bourse de 150 écus d'or, 180 selon certains, à l'occasion de la première édition des Centuries.
Nombreux sont ceux qui pensent que ce n'est pas au très-catholique Henry II que sont dédicacés les Centuries mais à un très mystérieux Henri II d'un temps futur. Pourtant la mention de "plus qu'impériale Majesté" n'est qu'une flatterie qui élève Henry II au dessus de son rival de l'époque l'empereur Charles Quint, preuve que ce passage ne se réfère qu'au contexte du XVIème siècle. Il serait intéressant de déterminer quelle secte en recherche d'adeptes a initialement lancé cette spéculation qui a fini par gagner à sa cause tous les commentateurs incapables de juger par eux-mêmes et ne sachant se forger d'opinion que celle des autres
Pour conclure sur le point de la sensibilité religieuse de Nostradamus, nous ajoutons à sa biographie qu'il a été un dissident au temps des guerres de religion.
Fascination du pouvoir: Un infiltré chez la Reine
S'il a rendu ses écrits incompréhensibles, c'est pour se protéger des grands et des puissants, a-t-il expliqué dans ses lettres à Henry et à son fils César. Il y est justifié à plus de 10 reprises l'obscurité de la plupart des quatrains par le phénomène de l' "injure du temps". Il s'agit, en termes du 20ème S, d'un choc culturel et de générations qui aurait entraîné la censure et causé aux Centuries de tomber dans l'oubli.
LC008
aiant voulu taire & delaissé pour cause de l'iniure,& non tant seulement du temps present, mais aussi de la plus grande part du futur, de metre par escrit, pource que les regnes sectes & religions feront changes si opposites,voyre au respect du present diametralement,
Certains raisonnent que les 58 sixtains publiés après la mort de Nostradamus correspondent exactement, en nombre, aux 58 quatrains manquants. Il y a peu de chances qu'il s'agisse de ceux de l'édition de 1558 car les sixtains sont sans aucune erreur possible en rapport avec les événements politiques des années 1558 à 1560 et il serait unique dans l'oeuvre de Nostradamus de les avoir prédits avec un tel degré de précision.
Sixtain 001
Siecle nouueau, alliance nouuelle,
Vn Marquisat mis dans la nacelle,
A qui plus fort des deux l'emportera,
D'vn Duc d'vn Roy, gallere de Florance,
Port à Marseil, Pucelle dans la France,
De Catherine fort chef on rasera.
Imaginons ce qui serait advenu si quelqu'un s'était rendu compte qu'il traitait du devenir du Duc de Guise et de Catherine de Médicis sur un fond de duel à la tête de l'état ! Et si un esprit pervers s'était imaginé qu'il décrivait la petite Catherine en route pour l'échaffaud ! Il a été bien prudent de n'en rien publier de son vivant. Mais au fait, cette nacelle représente-t-elle la tête de l'état, une cage ou l'adultère ? On retrouve un Duc et une Reine au quatrain 8-66, et ceux-ci sont sous la couverte :
Pauillon Royne & Duc sous la couuerte.
Dans le 003 il décrit la chute de Calais, puis, dans le 004 le complot des Bourbons alliés aux Huguenots en 1560 dans leur tentative d'enlèvement du roi François II marié à Marie Stuart, reine d'Ecosse, dont on croit voir la désignation dans le mot Escorcse :
Sixtain 004
D'vn rond, d'vn lis, naistra vn si grand Prince,
Bien tost, & tard venu dans sa Prouince,
Saturne en Libra en exaltation:
Maison de Venus en descroissante force,
Dame en apres masculin soubs l'escorse,
Pour maintenir l'heureux sang de Bourbon.
Le thème du pouvoir des grands de ce monde est le plus important des Centuries et il accapare plus de la moitié des quatrains. C'est un aspect de la personnalité de Nostradamus qui semble lui avoir plutôt réussi. Grâce à sa prudence et à son incomparable talent qui lui permettait de prévoir la météo et la provenance du vent, il a su rester couvert les jours de tempête.
En conclusion de cette biographie
Nostradamus a indéniablement été un artiste, mais il est difficile de dire avec précision s'il était plutôt astrologue, illusionniste, magicien …Il était en tous les cas un poète impliqué religieusement, dissident, sans que l'on puisse affirmer qu'il était protestant ou catholique, ni qu'il ait été à la solde du pouvoir ou de ses opposants. Mais il n'a en aucune façon été du parti des anti-Luthériens comme certains ont tenté de le faire croire. Ce que l'on peut affirmer avec certitude, c'est qu'il avait un goût prononcé pour les sciences occultes, qu'il a su communiquer sa passion du mystère avec brio et que son esprit nous hante toujours.
Raulent Roi