Nostradamus révèle dans le bien mystérieux quatrain VIII-05 la découverte
d'un temple. Il semble donner une indication de lieu en se référant à
"Borne et Bretueil".
VIII-05
Apparoistra temple luisant orné,
La lampe & cierge à Borne & Bretueil:
Pour la lucerne le Canton destourné,
Quand on verra le grand Coq au cercueil.
Le canton détourné pour cueillir la luzerne semble se
référer à une saison de l'année et donne l'indication qu'il s'agit d'une
région agricole ou du milieu paysan. Il est inutile de fouiller les champs
puisque les gens du coin l'ont fait des siècles durant : Il vaut mieux
se diriger vers un endroit peu fréquenté pour entamer les recherches qui
permettront de comprendre le quatrain.
Le "grand Coq" dont il est fait mention évoque
le roi de France. Mais si cette interprétation a le mérite d'être simple,
elle ne fait qu'épaissir le mystère car il peut aussi bien s'agir d'un roi
décédé de longue date, du présage de son assassinat que de sa mort naturelle.
Identifier l'endroit, déterminer l'époque et comprendre
le contexte requièrent que soit éclairé le sens de "Borne et Bretueil".
Les recherches initiales toutes directions confondues mènent à une première
conclusion : "Bretueil" désignerait un patronyme et "Borne"
un lieu.
Bretueil: La piste normande ou bretonne
On découvre que Bretueil, lorsqu'on l'épelle Breteuil,
correspond à une lignée de nobles normands. Cette famille descend en droite
ligne des Vikings. Le roi Louis VI, dit le Gros, aurait accordé à son ancien
envahisseur un titre de Duc au 12ème siècle. La descendance du
Duc de Breteuil ainsi ralliée à la cause royale a fourni à la couronne nombre
de ministres et conseillers de premier plan au fil des siècles.
Trois d'entre eux sont devenus célèbres après la mort
de Nostradamus. Le premier a été ministre de Louis XIV, le second de Louis
XV et le troisième de Louis XVI. Ce dernier échappa à la guillotine durant la révolution
en s'exilant. Il ne faut pas oublier la branche féminine pour autant. Une
Breteuil, écrivain d'histoires d'amour, a marqué la littérature.
Le somptueux château de famille dans l'Eure est desservi
par la rivière du Bras de Breteuil. Le palais de Breteuil à Sèvres, où est
conservé le mètre étalon, tirerait son nom de la même origine. Le patronyme
est aussi lié à l'histoire de France à Versailles et à Maison-Laffite.
En première synthèse, la famille Breteuil a longtemps
évolué autour du roi de France tandis que le terme "grand Coq"
désignerait logiquement le roi ou un prétendant à la couronne. Le quatrain
contiendrait des indications sur les circonstances de sa mort ou sur des
vestiges qui établissent une vérité historique sur sa descendance.
Mais la piste normande n'est pas la seule possible. L'origine
du mot Bretueil peut tout à fait être bretonne car il existe une ville et
une rivière de ce nom en Bretagne non loin de Rennes. Chose intéressante,
l'orthographe bretonne "ueil" à la place de "euil" est
celle recherchée. Il s'agit dans ce cas d'un mot qui signifie tout simplement
"breton".
Si l'une de ces analyses étymologiques est exacte, le
challenge posé par Nostradamus aux lecteurs des Centuries consisterait à
déterminer à qui, d'un Breton ou d'un Normand, doit revenir la légitimité
de la couronne royale de France :
IX-07
Qui ouurira le monument
trouué,
Et ne viendra le serrer promptement,
Mal luy viendra, & ne pourra prouué
Si mieux doit estre Roy Breton ou Normand.
Ce quatrain fait penser qu'on peut s'attendre à trouver des écrits ou d'autres
formes de pièces à conviction dans le monument trouvé. Le quatrain VIII-05
indique que la nature du bâtiment historique recherché est un temple
orné.
Même si l'explication de "Bretueil" reste encore
floue à ce stade, elle pose finalement peu de difficultés puisque le problème
peut se résoudre selon deux hypothèses : la piste normande et la piste
bretonne. En revanche, pour ce qui est de "Borne", les possibilités
sont nombreuses.
La piste cévenole
Après maintes recherches dans les livres d'histoires
et au cadastre, une conclusion s'impose : Borne serait une rivière
sans aucun rapport avec une dynastie.
Trois rivières portent ce nom en France. L'une contourne
Lyon, la seconde coule en Savoie pour se jeter dans le Lac Leman et la troisième
évolue dans le Massif Central. Mais rien dans les Centuries ne confirme
qu'il s'agit d'elles quoi que ces deux dernières possibilités méritent que
l'on s'y attarde. Elles seront donc explorées dans de nouveaux articles*.
Borne peut aussi consister en un nom qui a évolué depuis 1555, et l'orthographe
peut être approximative ce qui se démontre souvent dans les Centuries.
Pour connecter à la piste cévenole, il faut se remémorer
les explications sur des cours d'eau en crue fournies dans l'article "Trajan
et l'Apocalypse" au chapitre "Rapport avec Nîmes" :
IX-09
Quand lampe ardente de feu inextinguible
Sera trouué au temple des Vestales.
Enfant trouué feu, eau passant par crible:
Perir eau Nymes, Tholose cheoir les halles.
Si "les halles" correspond à l'inversion phonique et la traduction
du Romain Ales, la région désignée par ce quatrain IX-09 représente un triangle
Toulouse-Alès-Nimes, soit des milliers de kilomètres carrés reliés par des
cours d'eau. Les villes ainsi jointes figurent une inondation gigantesque,
celle de plusieurs millénaires.
Nostradamus connaît la région qui est l'arrière pays
de son enfance. Il sait donc que Toulouse et Nîmes ont des régimes de partage
des eaux opposés. Toulouse est desservie par la Garonne qui va à l'Atlantique
tandis que du côté de Nîmes, les cours d'eau se jettent dans le Rhône. Et
entre les deux, l'Hérault descend plein sud sur Montpellier. Au carrefour
des trois se dresse le Mont Aigoual. Sur son flanc, les "valats"
affluent vers le Tarn et, distants de quelques mètres, des "gardons"
naissent pour alimenter le Gard.
X-06
Sardon Nemaus si haut deborderont,
Qu'on cuidera Deucalion renaistre.
Dans le collosse la plus part fuyront,
Vesta sepulchre feu esteint apparoistre.
"Nemaus" est le mot romain pour la région de
Nîmes. Quant à "Sardon", des rivières portent ce nom en France.
Mais dans le contexte de Nîmes, ce terme ressemble trop à "gardon"
pour faire croire à un hasard. La logique oriente de nouveau vers le Mont
Aigoual désigné en tant que "colosse" où naissent une multitude
de gardons avec, parmi eux, le Borgne. Cette rivière de tous les extrêmes
se déverse dans le Gardon St-Jean pour affluer vers le Gard près d'Alès.
Elle peut correspondre au Borne recherché.
Le mont culmine à 1000 mètres d'altitude et sert d'observatoire
météorologique du fait des rudes conditions climatiques d'hiver. L'endroit
encore sauvage est cerné de forêts denses et parsemé de gorges et grottes.
Les ruisseaux rugissent et s'apaisent au gré des pluies. Le mot Aigoual
provient du romain "aqua" qui signifie "eau". Il en
dérive aussi "Montagut", le nom d'une famille noble qui a marqué
l'histoire du coin. Le dôme est le lieu le mieux indiqué de toute la région
nîmoise pour observer les astres par ciel dégagé. Et Nostradamus connaissait
l'endroit parfaitement bien, on peut en être certain.
Au bas de la montagne, se situe le lieudit de Mars, thème
astrologique cher à Nostradamus. On y trouve des menhirs disséminés un peu
partout. Tout témoigne de la richesse historique des lieux, du passage des
romains, de l'étendue de la civilisation celte, de l'ère des Templiers voisins
des Cathares qu'ils mirent en pièces. Il y eut ensuite les camisards suivis
des résistants héroïques de la seconde guerre qui cachèrent les enfants
juifs. Les lieux transpirent de mythes, d'histoire et de passions mystiques.
Il suffit d'ouvrir les yeux pour les voir.
Le col de l'homme mort, la forêt du pendu, la Vallée
Obscure, le Borgne et le Chaos-de-Nîmes-Le-Vieux témoignent par leur nom
de la crainte que la nature inquiétante des lieux inspire. Les limites des
Causses intemporelles du Méjean, près de l'Hospitalet, entretiennent les
légendes du XIIème Siècle qui poursuivent leurs travaux inachevés
dans l'Esprit des ruines du temple de l'Ordre de Malte.
En rapport avec Bretueil, on trouve, à 2 km au nord de
la source du Borgne : le Sout-Breton, le mas breton et un château juste
avant un temple désaffecté. Dans le même coin, la ruine du moulin du Duc
rénovée par un autochtone peut être visitée au lieudit du Duc.
On retrouve dans le quatrain V-66 une lampe comme aux
VIII-05, X-09 et IX-06, le temple des vestales, le qualificatif de luisant
et une nouvelle indication, celle d'un aqueduc en ruine :
V-66
Sous les antiques edifices
vestaux,
Non esloignez d'aqueduct ruyne. [ruyné]
De Sol & lune sont les luisans metaux, [Sol & Luna]
Ardente lampe, Traian d'or burine. [Traian] [buriné]
A moins de 200 mètres du Borgne, en se dirigeant vers
le valat de la Pieyre, on découvre les ruines d'un antique aqueduc. Mais
plus aucun chemin ne dessert l'endroit depuis des siècles. Pour l'atteindre,
il faut glisser en rappel le long d'une pente abrupte au milieu des ronces.
Il ne faut pas se fier aux distances théoriques pour aller d'un lieu à l'autre, car
une centaine de mètres en montagne peut prendre des heures à parcourir.
Et on se perd vite dans cette région.
A 20 kilomètres au nord près de Lanuéjols, creusé à flanc
de montagne, un tombeau romain s'impose comme une grotte dans la roche.
C'est le type de monument recherché, mais moins éloigné des sources du Mont
Aigoual en un lieu toujours inconnu.
Il est fait mention au quatrain IX-09 comme au IV-53
d'un enfant décédé noyé. Le IV-53 fournit la précision de deux tombes dans
les hauts puits, celle d'un père et de son fils :
IV-53
Les fuitifs & bannis reuoqués:
Peres & filz grand garnisent les hauts puids:
Le cruel pere & les siens suffoqués:
Son filz plus pire submergé dans le puis.
En longeant le Borgne tout en prenant garde de ne pas
se laisser surprendre par la montée des eaux, le ruisseau complice révèle
son secret. A l'approche de l'aqueduc en ruine, si l'oil reste vif et aux
aguets, il trouve une indication de se détourner vers les hauteurs en direction
de l'un des innombrables puits. Ce n'est, bien entendu qu'une interprétation.
Une autre serait qu'un petit groupe de templiers en route
pour la commanderie lors de la secousse sismique de mars 1555 découvrit
une crypte mise au vent. Ce secret jalousement gardé n'aurait été porté
qu'à la connaissance de quelques personnes.
De nombreux indices doivent encore être investigués avant
se prononcer pour ou contre ces hypothèses sur le quatrain VIII-05. Il ne
faut négliger aucune piste : Un Borne coule près du Lignon dans la
région orientale des Cévennes qui est tout aussi riche en légendes que sa
sour du côté ouest. Un autre en Savoie nous connecte aux révélations du
prophète sur Genève et le Lac Leman. Mais ne dit-on pas que "tous les
chemins mènent à Rome" ? La piste romaine est la plus prometteuse
et elle passe par le Mont Aigoual. Les références dans plusieurs et mêmes
quatrains aux vestales et à la région nîmoise démontrent que ces deux pistes
ne doivent pas se dissocier.
Plus de clarté aurait garanti que le secret fusse trouvé par le monde
entier, et rien ne dit que des dizaines de gens n'auront pas, d'ici peu,
trouvé le lieu enfoui. Nostradamus demande de garder le secret et de le
"serrer" pour être en mesure de faire valoir la preuve de la
légitimité de la couronne royale en temps et en heure.
Raulent Roi
- En hommage aux victimes des inondations de septembre et novembre 2002.
Je pressentais la catastrophe en août pendant mes vacances
et je m'en étais confié à plusieurs de mes proches. Mais comment prendre
ce genre d'intuitions au sérieux ? Et il est difficile de se baser
sur de telles informations pour prendre une décision rationnelle. Puis en
novembre je récidivais avec cette même impression que je confinais cette
fois par écrit sur le forum du site Isis. Elle s'est de nouveau vérifiée
exacte. Et j'ai l'impression que ce n'est pas fini. Deucalion ne quittera
plus ces lieux enchanteurs ; Bientôt il les subjuguera. On comprendra
alors que les Centuries racontent bien plus que de simples présages :
Les prophéties sont les révélations de l'Esprit du Parthénon à Nostradamus.
(*Quatre
articles traiteront ou traitent de ce thème : "La piste suisse",
"La légende du Lignon", "Tous les chemins mènent à Rome"
et "Trajan et l'Apocalypse"
au chapitre "Rapport avec Nîmes")